Jouer pour la planète: comment les jeux transforment la participation à la politique climatique
Atteindre la durabilité environnementale nécessitera des politiques qui incitent les citoyens à agir en tenant compte de leurs préférences et de leurs besoins. Les méthodes de consultation traditionnelles atteignent rarement un public allant au-delà de petits groupes autosélectionnés. Le projet GREAT(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre), financé par l’UE, a adopté une approche radicalement différente. Il a conçu conjointement des jeux numériques afin de recueillir des données sur les préférences des citoyens en matière de politique climatique et a communiqué ses conclusions directement aux responsables politiques. Les résultats ont dépassé les attentes, en atteignant des millions de joueurs dans la quasi-totalité des pays du monde.
S’appuyer sur des jeux mobiles existants accroît considérablement la portée
Dans cinq études de cas, de courts questionnaires mobiles ont été intégrés à des jeux populaires tels que Subway Surfers et Pokemon Go. Fait notable, après une étude de cas exploratoire menée avec le Programme des Nations unies pour le développement, l’étude de cas Play2Act à grande échelle réalisée au moyen de Subway Surfers a atteint un million de personnes dans 188 pays, soit tous les pays à l’exception de la Corée du Nord et de l’Érythrée. «Cette avancée inattendue résulte d’une collaboration directe avec les studios de jeux afin de programmer les questionnaires dans leurs jeux, au lieu d’utiliser des publicités jouables comme prévu initialement. Cela a considérablement amélioré à la fois la portée et la qualité des données», explique Jane Yau, responsable et gestionnaire du projet au DIPF Leibniz Institute of Research and Information in Education(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre). Environ 180 000 questionnaires complets sur l’attitude des citoyens à l’égard du climat ont été recueillis au cours d’interactions d’une minute, avec une participation comparable des hommes et des femmes.
Des jeux sur les dilemmes climatiques conçus conjointement pour favoriser le dialogue
Des jeux plus longs faisant appel au jeu de rôle ont été conçus conjointement par des citoyens et des responsables politiques. Cinq études de cas ont porté sur des jeux consacrés aux dilemmes climatiques, utilisés en classe pendant 45 minutes à deux heures. Des résumés des études de cas et de leurs résultats sont disponibles parmi les nombreuses publications figurant sur la page des résultats du projet. Un animateur présentait les questions à l’écran, tandis que les participants répondaient sur leurs propres appareils. GREAT a mis au point des méthodes d’analyse des données afin de mettre en évidence les liens entre le comportement des joueurs dans le jeu et leur attitude à l’égard d’expériences réelles. L’étude de cas sur les emplois verts a examiné les moyens dont disposent les responsables politiques pour attirer davantage de jeunes vers les emplois et les carrières écologiques. Elle a souligné l’importance des incitations et des modèles pour attirer les élèves vers ces emplois, ainsi que le souhait des jeunes de bénéficier d’un équilibre entre vie professionnelle et vie privée et de suivre des carrières correspondant à leurs centres d’intérêt personnels. «Les enseignants comme les élèves ont réagi positivement à l’association entre politique climatique et orientation professionnelle, ce qui démontre l’efficacité d’une participation ludique fondée sur le jeu pour mobiliser les jeunes», observe Jane Yau. La ressource éducative ouverte de GREAT, disponible en anglais et en allemand, permettra aux enseignants d’organiser ces jeux sérieux de manière autonome. L’étude de cas sur les toitures végétalisées a réuni environ 100 participants, notamment des citoyens, des architectes, des urbanistes, des étudiants en design et des propriétaires immobiliers. Elle a exploré les points de vue sur l’adaptation au changement climatique au moyen de la mise en place de toitures végétalisées. L’enthousiasme est resté élevé dans tous les groupes, notamment en raison de l’amélioration de la qualité de l’air et des économies d’énergie. Les participants ont estimé que la répartition des responsabilités constituait la principale préoccupation politique, aux côtés de la responsabilité juridique, des risques à long terme, des contraintes financières, de la sécurité et de l’entretien.
Les jeux comme outil d’action climatique
«GREAT a démontré que les jeux numériques peuvent toucher des publics vastes et diversifiés et favoriser une communication constructive sur les questions climatiques. Les jeux sérieux peuvent également sensibiliser au climat et favoriser les changements de comportement, même si leur efficacité peut dépendre de la région, du revenu, du genre et du format du jeu», explique Jane Yau. Toutefois, si les jeux numériques peuvent améliorer la communication, l’obtention d’un véritable impact sur les politiques nécessite un dialogue plus étroit et durable avec les responsables politiques. Une évaluation rigoureuse est en outre essentielle pour garantir que les données témoignent d’une compréhension et d’un engagement réels, plutôt que d’une interaction superficielle. GREAT a établi un modèle convaincant et transposable à grande échelle pour favoriser la participation citoyenne et l’action climatique au moyen des jeux sérieux. Appuyée par ses notes d’orientation(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre) et son kit(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre) de jeux et de supports pédagogiques, l’approche de GREAT pourrait transformer en profondeur la manière de relever les défis sociétaux mondiaux.