Un biomarqueur révolutionnaire fondé sur l’IA pour mieux orienter le traitement du cancer colorectal
Le cancer colorectal est le deuxième cancer le plus fréquent et le troisième le plus meurtrier(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre) en Europe. Chez près de la moitié des patients, la maladie est diagnostiquée au stade II ou III pour lequel le traitement de première intention consiste en une ablation chirurgicale de la tumeur. La plupart de ces patients, en particulier ceux atteints d’un cancer de stade III, reçoivent également une chimiothérapie adjuvante(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre) pour réduire le risque de récidive, alors même que ce traitement ne leur apporte aucun bénéfice et leur impose des effets secondaires. De meilleurs outils sont donc indispensables pour déterminer quels patients tireront réellement bénéfice de ce traitement toxique. Financé par le CEI, le projet Histotype Px(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre), coordonné par une entreprise norvégienne, commercialise un biomarqueur fondé sur l’IA. Celui-ci analyse des images numériques de tissus tumoraux pour aider les oncologues à déterminer quels patients peuvent se passer sans risque d’une chimiothérapie adjuvante et lesquels en ont réellement besoin.
Des bénéfices considérables pour la santé, les ressources et les coûts
Les méthodes actuelles d’évaluation du risque, qui reposent notamment sur le stade de la tumeur et des tests portant sur plusieurs gènes, ne sont pas assez précises pour guider les décisions thérapeutiques de manière fiable. Les tests de détection de l’ADN tumoral circulant, ou ctDNA(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre) sont prometteurs et de plus en plus utilisés aux États-Unis, mais restent rares en Europe, notamment parce qu’ils sont encore coûteux, longs à réaliser et susceptibles de donner des faux négatifs qui nécessitent de répéter les tests. Le projet a eu recours à l’apprentissage profond pour prédire l’évolution de la maladie directement à partir de lames de tumeurs réséquées. «Histotype Px® Colorectal ne nécessite ni nouvel échantillon ni équipement supplémentaire. Il fournit des résultats en quelques minutes sur le système de pathologie numérique déjà utilisé par l’hôpital et surpasse les tests pronostiques existants», explique Andreas Berg Storsve, coordinateur du projet chez DoMore Diagnostics. Cette solution pourrait éviter chaque année à 250 000 patients dans le monde une chimiothérapie adjuvante toxique et inutile, tout en permettant d’économiser des milliards d’euros de dépenses de santé.
Des avancées cliniques, technologiques et réglementaires
«Les études de validation clinique menées dans des hôpitaux en Europe, au Japon et aux États-Unis sont terminées. Leurs résultats ont été présentés lors de grands congrès d’oncologie et de pathologie en Europe et aux États-Unis», explique Andreas Berg Storsve. Dans une cohorte japonaise de plus de 900 patients dont le test de détection de l’ADN tumoral circulant était négatif, Histotype Px® a réparti les patients ayant survécu en trois groupes de risque (faible, intermédiaire et élevé) et a détecté deux tiers des récidives passées inaperçues lors du test ctDNA. En outre, l’association des deux tests a permis de prédire l’absence de bénéfice du traitement chez les patients présentant un faible risque et un résultat ctDNA négatif. Les études évaluant Histotype Px® seul ont également montré une distinction nette entre les différents niveaux de risque. Fait important, une étude menée aux États-Unis a révélé que la chimiothérapie adjuvante améliorait nettement la survie des patients à haut risque, mais n’apportait aucun bénéfice à ceux présentant un faible risque. Le projet a contribué au développement du premier biomarqueur fondé sur l’IA au monde, et du seul à ce jour, portant le marquage CE et certifié ISO 13485 pour guider les décisions relatives au traitement adjuvant du cancer colorectal. Il a également donné lieu, à ce jour, au dépôt de sept nouveaux brevets. Des demandes d’autorisation auprès des autorités réglementaires des Pays-Bas, des États-Unis et du Royaume-Uni sont prévues pour 2027.
Une solution utilisable dans le monde entier et complémentaire au test ctDNA
Le biomarqueur a donné des résultats constants dans différents pays, hôpitaux et laboratoires. Par ailleurs, le test ctDNA s’est révélé complémentaire de cette solution plutôt que concurrent, en effet leur association réduit fortement le taux de faux négatifs chez les patients dont le test ctDNA est négatif. «La lame de la tumeur réséquée contient les informations nécessaires pour comprendre son potentiel de malignité et orienter les décisions thérapeutiques», précise Andreas Berg Storsve. Jusqu’à présent, les médecins ne disposaient pas des outils nécessaires pour analyser ces informations. En identifiant patients qui ont réellement besoin d’une chimiothérapie adjuvante, le projet Histotype Px pourrait contribuer à une prise en charge du cancer colorectal plus précise et moins toxique, et améliorer les résultats thérapeutiques à l’échelle mondiale.