Renforcer les capacités de recherche pour mieux comprendre l’économie informelle
On estime que 2 milliards de personnes, soit 61 % de la population active mondiale, travaillent dans l’économie informelle. Si ce type d’activité, qui comprend généralement la vente ambulante, le travail occasionnel ou les petites entreprises, constitue un filet de sécurité essentiel pour les populations vulnérables, son caractère non réglementé peut aussi entraîner des conditions de travail dangereuses. «La plupart des travailleurs informels ne bénéficient ni de prestations sociales ni de protections juridiques», explique Abel Polese(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre), chercheur principal à l’université de Tallinn(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre). «De plus, comme ce travail n’est pas imposé, les gouvernements se privent d’une source importante de revenus, ce qui peut freiner le développement économique et leur capacité à fournir des services publics.» Selon Abel Polese, dans de nombreuses régions du monde, les gouvernements peinent à gérer l’emploi informel et la vulnérabilité qui en découle. «Cela s’explique en grande partie par le manque de spécialistes locaux», précise-t-il. C’est là qu’intervient le projet LABOUR(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre), financé par l’UE. Axé sur l’Asie du Sud-Est, le projet visait à former et structurer une équipe internationale de spécialistes de l’emploi informel. «En réunissant une équipe de 16 participants issus de partenaires universitaires et non universitaires travaillant sur l’insécurité du travail, nous avons non seulement cherché à former des spécialistes du sujet et de la région, mais aussi à proposer des mesures concrètes susceptibles d’être prises en compte par les décideurs et les organismes de développement», ajoute Abel Polese, chercheur principal du projet.
Renforcer les capacités grâce à des échanges internationaux
Afin de renforcer les capacités des chercheurs européens et asiatiques, le projet soutenu par le programme Actions Marie Skłodowska-Curie(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre) a coordonné plusieurs échanges internationaux(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre). Ces échanges ont permis à des chercheurs européens de travailler dans différentes universités asiatiques, tandis que des chercheurs du Bhoutan, du Cambodge, du Laos, des Maldives, du Myanmar, des Philippines, de Thaïlande(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre) et du Viêt Nam ont séjourné dans des établissements européens. «Même si nous n’avons pas pu envoyer de chercheurs au Myanmar en raison des évolutions politiques, nous avons néanmoins accueilli plusieurs chercheurs du pays», souligne-t-il. «Ce fut une occasion unique d’obtenir des informations de première main, tout en leur proposant des formations qu’ils pourront utiliser dans leur travail avec les communautés locales.» Au cours des échanges, les participants ont pu travailler sur leurs propres projets de recherche. Ils ont également bénéficié d’un accompagnement, de formations locales et d’opportunités de mise en réseau. Tous les participants étaient inscrits en tant que chercheurs associés ou invités dans leur université d’accueil, ce qui leur a permis de participer à la vie académique locale et d’assister à des séminaires et cours doctoraux.
Des données empiriques sur le travail informel
Mais ces échanges ne se limitaient pas à l’apprentissage. Les participants ont également produit des données empiriques sur le travail informel. Par exemple, au Viêt Nam, des recherches sur les travailleurs domestiques informels ont analysé l’impact de la COVID-19 sur leurs moyens de subsistance et les réponses institutionnelles. Au Laos et en Thaïlande, des recherches sur les brûlis agricoles et les chaînes d’approvisionnement informelles ont étudié la manière dont les petits exploitants vivent la précarité environnementale dans des contextes d’économies politiques inégalitaires. «Grâce aux enseignements tirés de ce projet, je repars avec une idée claire et un plan concret pour améliorer la gestion des déchets, en lançant une initiative à petite échelle au sein de notre organisation», explique Sunhenglay Hak, chercheur cambodgien qui a effectué son échange à l’université de Stockholm(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre). Une grande partie des travaux du projet a été publiée via une communauté Zenodo dédiée(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre).